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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/437

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nombre, mais au public, ni de faire penser les autres, mais d’expliquer nettement ma pensée. Il a donc falu changer de style : pour me faire mieux entendre à tout le monde, j’ai dit moins de choses en plus de mots ; & voulant être clair & simple, je me suis trouve lâche & diffus.

Je comptois d’abord sur une feuille ou deux d’impression tout au plus ; j’ai commence à la hâte & mon sujet s’étendant sous ma plume, je l’ai laissée aller sans contrainte. J’étois malade & triste ; &, quoique j’eusse grand besoin de distraction, je me sentois si peu en état de penser & d’écrire ; que, si l’idée d’un devoir à remplir ne m’eut soutenu, j’aurois jette cent sois mon papier au feu. J’en suis devenu moins sévere à moi-même. J’ai cherche dans mon travail quelque amusement qui me le fit supporter. Je me suis jette dans toutes les digressions qui se sont présentées, sans prévoir, combien, pour soulager mon ennui, j’en préparois peut-être au lecteur.

Le goût, le choix, la correction ne sauroient se trouver dans cet ouvrage. Vivant seul, je n’ai pu le montrer à personne. J’avois un Aristarque sévere & judicieux, j e ne l’ai plus, je n’en veux plus ;*

[* Ad amicun etsi produxeris gladium, non desperes ; est enim regressus ad amicum, Si aperueris os triste, non timeas ; est enim concordatio : excepto convitio, & improperio, & superbiâ, & mysterii revelatione, & plagâ dolosâ la hisomnibus effugiet amicus Ecclesiastic. XXII. 26. 27.]