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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/401

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pas besoin de corrompre les gens que l’on tient en son pouvoir : quant aux places, sans parler de celles dont le Conseil dispose, ou par lui-même ou par le Deux-Cent, il fait mieux pour les plus importantes ; il les remplit de ses propres membres, ce qui lui est plus avantageux encore ; car on est toujours plus sûr de ce qu’on fait par ses mains, que de ce qu’on fait par celles d’autrui. L’histoire d’Angleterre est pleine de preuves de la résistance qu’ont faite les Officiers Royaux à leurs Princes, quand ils ont voulu transgresser les Loix. Voyez si vous trouverez chez vous bien des traits d’une résistance pareille faite au Conseil par les Officiers de l’Etat, même dans les cas les plus odieux ? Quiconque à Geneve est aux gages de la République, cesse à l’instant même d’être Citoyen ; il n’est plus que l’esclave & le satellite des Vingt-cinq, prêt à fouler aux pieds la Patrie & les Loix si-tôt qu’ils l’ordonnent. Enfin la Loi, qui ne laisse en Angleterre aucune puissance au Roi pour mal faire, lui en donne une très-grande pour faire le bien ; il ne paroît pas que ce soit de ce côté que le Conseil est jaloux d’étendre la sienne.

Les Rois d’Angleterre assurés de leurs avantages, sont intéressés à protéger la Constitution présente, parce qu’ils ont peu d’espoir de la changer. Vos Magistrats, au contraire, surs de se servir des formes de la vôtre pour en changer tout-à-fait le fond, sont intéressés à conserver ces formes comme l’instrument de leurs usurpations. Le dernier pas dangereux qu’il leur reste à faire, est celui qu’ils font aujourd’hui. Ce pas fait, ils pourront se dire encore plus intéressés