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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/389

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Laissons donc ici ces questions accessoires, que, par la manière dont l’Auteur les traite, on voit qu’il ne prend guères à cœur. Bornons-nous à peser les raisons qu’il allègue en faveur du droit négatif auquel il s’attache avec plus de soin, & par lequel seul, admis ou rejeté, vous êtes esclaves ou libres.

L’art qu’il emploie le plus adroitement pour cela, est de réduire en propositions générales un système dont on verroit trop aisément le foible s’il en faisoit toujours l’application. Pour vous écarter de l’objet particulier, il flatte votre amour-propre en étendant vos vues sur de grandes questions ; & tandis qu’il met ces questions hors de la portée de ceux qu’il veut séduire, il les cajole & les gagne, en paroissant les traiter en hommes d’Etat. Il éblouit ainsi le Peuple pour l’aveugler, & change en theses de philosophie des questions qui n’exigent que du bon sens, afin qu’on ne puisse l’en dédire, & que, ne l’entendant pas, on n’ose le désavouer.

Vouloir le suivre dans ses sophismes abstraits, seroit tomber dans la faute que je lui reproche. D’ailleurs, sur des questions ainsi traitées, on prend le parti qu’on veut sans avoir jamais tort : car il entre tant d’élémens dans ces propositions, on peut les envisager par tant de faces, qu’il y a toujours quelque côté susceptible de l’aspect qu’on veut leur donner. Quand on fait pour tout le Public en général un Livre de politique, on y peut philosopher à son aise : l’Auteur, ne voulant qu’être lu & jugé par les hommes instruits de toutes les Nations & versés dans la matière qu’il