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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/380

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Est-il besoin de réfuter des objections de cette espèce quand on parle à des Genevois ? Y a-t-il dans votre Ville un seul homme qui n’en sente la mauvaise foi, & peut-on sérieusement balancer l’usage d’un droit sacré, fondamental, confirmé, nécessaire, par des inconvéniens chimériques, que ceux mêmes qui les objectent savent mieux que personne ne pouvoir exister ; tandis qu’au contraire ce droit enfreint ouvre la porte aux excès de la plus odieuse Olygarchie, au point qu’on la voit attenter déjà sans prétexte à la liberté des Citoyens, & s’arroger hautement le pouvoir de les emprisonner sans astriction ni condition, sans formalité d’aucune espèce, contre la teneur des Loix les plus précises, & malgré toutes les protestations.

L’explication qu’on ose donner à ces Loix est plus insultante encore que la tyrannie qu’on exerce en leur nom. De quels raisonnemens on vous paye ? Ce n’est pas assez de vous traiter en esclaves, si l’on ne vous traite encore en enfants. Eh, Dieu ! Comment a-t-on pu mettre en doute des questions aussi claires, comment a-t-on pu les embrouiller à ce point ? Voyez, Monsieur, si les poser n’est pas les résoudre ? En finissant par-là cette Lettre, j’espère ne la pas allonger de beaucoup.

Un homme peut être constitué prisonnier de trois manières. L’une à l’instance d’un autre homme qui fait contre lui partie formelle ; la seconde, étant surpris en flagrant délit, & saisi sur-le-champ, ou, ce qui revient au même, pour crime notoire, dont le Public est témoin ; & la troisième, d’office, par la simple autorité du Magistrat, sur des avis secrets,