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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/371

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choisis sur-le-champ par M. le premier Syndic, & prêteront serment dans le Temple : & toutefois dans le Conseil général de 1712, sans aucun égard à l’Edit précédent, on fait recueillir les suffrages par les deux Secrétaires d’Etat. Quelle fut donc la raison de ce changement, & pourquoi cette manœuvre illégale dans un point si capital, comme si l’on eût voulu transgresser à plaisir la Loi ni venoit d’être faite ? On commence par violer dans un article l’Edit qu’on veut annuler dans un autre ! Cette marche est-elle régulière ? Si, comme porte cet Edit de révocation, l’avis du Conseil fut approuvé presque unanimement,*

[*Par la manière dont il m’est rapporté qu’on s’y prit, cette unanimité n’étoit pas difficile à obtenir, & il ne tint qu’à ces Messieurs de la rendre complète.

Avant l’assemblée, le Secrétaire d’Etat Mestrezat dit : Laissez-les venir ; je les tiens. Il employa, dit-on, pour cette fin, les deux mots, Approbation, & Réjection, qui, depuis, sont demeurés en usage dans les billets : en sorte que, quelque parti qu’on prît, tout revenoit au même. Car si l’on choisissoit Approbation, l’on approuvoit l’avis des Conseils, qui rejettoit l’assemblée périodique ; & si l’on prenoit Réjection, l’on rejetait l’assemblée périodique. Je n’invente pas ce fait, & je ne le rapporte pas sans autorité ; je prie le lecteur de le croire ; mais je dois à la vérité, de dire qu’il ne me vient pas de Geneve, & à la justice d’ajouter que je ne le crois pas vrai : je sais seulement que l’équivoque de ces deux mots abusa bien des votans sur celui qu’ils devoient choisir pour exprimer leur intention, & j’avoue encore que je ne puis imaginer aucun motif honnête, ni aucune excuse légitime à la transgression de la Loi dans le recueillement des suffrages. Rien ne prouve mieux la terreur dont le peuple étoit saisi, que le silence avec lequel il laissa passer cette irrégularité.] pourquoi donc la surprise & la consternation que marquoient les Citoyens en sortant du Conseil, tandis qu’on voyoit un air de triomphe & de satisfaction sur les visages des Magistrats ?*

[*Ils disoient entre eux en sortant, & bien d’autres l’entendirent : nous venons de faire une grande journée. Le lendemain nombre de Citoyens furent se plaindre qu’on les avoit trompés, & qu’ils n’avoient point entendu rejetter les assemblées générales, mais l’avis des Conseils. On se moqua d’eux.] Ces différentes contenances