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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/33

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pourquoi faut-il que nous imputions à Dieu une injustice, en nous rendant pécheurs & punissables par le vice de notre naissance, tandis que notre premier pere fut pécheur & puni comme nous sans cela ? Le péché originel explique tout excepté son principe, & c’est ce principe qu’il s’agit d’expliquer.

Vous avancez que, par mon principe à moi, l’on perd de vue le rayon de lumiere qui nous fait connoître le mystere de notre propre cœur ;*

[* Mandement, III. ] & vous ne voyez pas que ce principe, bien plus universel, éclaire même la faute du premier homme,*

[*Regimber contre une défense inutile & arbitraire est un penchant naturel, mais qui, loin d’étre vicieux en lui-même, est conforme à l’ordre des choses & à la bonne constitution de l’homme ; puisqu’il seroit hors d’état de se conserver, s’il n’avoir un amour très vif pour lui-même & pour le maintien de tous ses droits ; tels qu’il les a reçus de la nature. Celui qui pourvoit tout ne voudroit que ce qui lui seroit utile, mais un Etre foible dont la loi restreint & limite encore le pouvoir perd une partie de lui-méme, & réclame en son cœur ce qui lui est ôté. Lui faire un crime de cela, seroit lui en faire un d’être lui & non pas un autre ; ce seroit vouloir en même tems qu’il fût & qu’il ne fût pas. Aussi l’ordre enfreint par Adam me paroît-il moins une véritable défense qu’un avis paternel ; c’est un avertissement de s’abstenir d’un fruit pernicieux qui donne la mort. Cette idée est assurement plus conforme à celle qu’on doit avoir de la bonté de Dieu & même au texte de la Genese, que celle qu’il plaît aux Docteurs de nous prescrire ; car quant à la menace de la double mort, on a fait voir que ce mot morte morieris n’a pas l’.emphase qu’ils lui prêtent, & n’est qu’un hébraisine employé en d’autres endroits ou cette emphase ne peut avoir lieu. Il y a de plus, un motif si naturel d’indulgence & de commisération dans la ruse du tentateur & dans la séduction de la femme, qu’à considérer dans toutes ses circonstances le péché d’Adam, l’on n’y peut trouver qu’une faute des plus légeres. Cependant, selon eux, quelle effroyable punition ! Il est même impossible d’en concevoir une plus terrible ; car quel châtiment eût pu porter Adam pour les plus grands crimes, que d’être condamné, lui & toute sa race, à la mort en ce monde, & à passer l’éternité dans l’autre dévorés des feux de l’enfer ? Est-ce là la peine imposéé par le Dieu de miséricorde à un pauvre malheureux pour s’être laissé tromper ? Que je hais la décourageante doctrine de nos durs Théologiens ! si j’étois un moment tenté de l’admettre, c’est alors que je croirois blasphémer.] que le votre laisse dans l’obscurité. Vous