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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/308

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qui raisonne. & quand je lui aurois donné l’exclusion, ce qu’assurément je n’ai pas fait, s’ensuivroit qu’on dût m’en punir à Genève ? Hobbes a-t-il été décrété dans quelque monarchie, parce que ses principes sont destructifs de tout Gouvernement républicain ? & fait-on le procès chez les rois aux Auteurs qui rejettent & dépriment les Républiques ? Le Droit n’est-il pas réciproque ? & les républicains ne sont ils pas souverains dans leur pays, comme les rois le sont dans le leur ? Pour moi, je n’ai rejeté aucun Gouvernement ; je n’en ai méprisé aucun. En les examinant, en les comparant, j’ai tenu la balance, & j’ai calculé les poids : je n’ai rien fait de plus.

On ne doit punir la raison nulle part, ni même le raisonnement ; cette punition prouveroit trop contre ceux qui l’imposeraient. Les Représentans ont très bien établi que mon Livre, où je ne sors pas de la thèse générale, n’attaquant point le Gouvernement de Geneve & imprimé hors du territoire, ne peut être considéré que dans le nombre de ceux qui traitent du Droit naturel & politique, sur lesquels les Loix ne donnent au Conseil aucun pouvoir, & qui se sont toujours vendus publiquement dans la ville, quelque principe qu’on y avance, & quelque sentiment qu’on y soutienne. Je ne suis pas le seul qui, discutant par abstraction des questions de politique, ait pu les traiter avec quelque hardiesse. Chacun ne le fait pas, mais tout homme a Droit de le faire. Plusieurs usent de ce droit ; & je suis le seul qu’on punisse pour en avoir usé. L’infortuné Sidney pensoit comme moi, mais il agissait ; c’est pour son fait, & non