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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/28

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selon les circonstances dans lesquelles elle se développe. J’ai montré que tous les vices qu’on impute au cœur humain ne lui sont point naturels ; j’ai dit la maniere dont ils naissent ; j’en ai, pour ainsi dire, suivi la généalogie, & j’ai fait voir comment, par l’altération successive de leur bonté originelle, les hommes deviennent enfin ce qu’ils sont.

J’ai encore expliqué ce que j’entendois par cette bonté originelle qui ne semble pas se déduire de l’indifférence au bien & au mal naturelle à l’amour de soi. L’homme n’est pas un être simple ; il est composé de deux substances. Si tout le monde ne convient pas de cela, nous en convenons vous & moi, & j’ai tâché de le prouver aux autres. Cela prouvé, l’amour de soi n’est plus une passion simple ; mais elle a deux principes, savoir, l’être intelligent & l’être sensitif, dont le bien-être n’est pas le même. L’appétit des sens tend à celui du corps, & l’amour de l’ordre à celui de l’ame. Ce dernier amour développé & rendu actif porte le nom de conscience ; mais la conscience ne se développe & n’agit qu’avec les lumieres de l’homme. Ce n’est que par ces lumieres qu’il parvient à connoître l’ordre, & ce n’est que quand il le connoît que sa conscience le porte à l’aimer. La conscience est donc nulle dans l’homme qui n’a rien comparé, & qui n’a point vu ses rapports. Dans cet état l’homme ne connoît que lui ; il ne voit son bien-être opposé ni conforme à celui de personne ; il ne hait ni n’aime rien ; borné au seul instinct physique, il est nul, il est bête ; c’est ce que j’ai fait voir dans mon discours sur l’inégalité.

Quand, par un développement dont j’ai montré le