Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/241

Cette page n’a pas encore été corrigée


point ainsi les choses, & ne donnons point, pour motif du Décret de Geneve, le scandale qui en fut l’effet.

Le premier Parlement d’un Royaume voisin poursuit Emile & son Auteur. Que sera le Gouvernement de Geneve ?

La réponse est simple. II ne sera rien, il ne doit rien faire, ou plutôt, il doit ne rien faire. Il renverseroit tout ordre judiciaire, il braveroit le Parlement de Paris, il lui disputeroit la compétence en l’imitant. c’étoit précisément parce que j’étois décrété à Paris, que je ne pouvois l’être à Geneve. Le délit d’un criminel a certainement un lieu, & un lieu unique ; il ne peut pas plus être coupable à la fois du même délit en deux Etats, qu’il ne peut être en deux lieux dans le même tems ; & s’il veut purger les deux Décrets, comment voulez-vous qu’il se partage ? En effet, avez-vous jamais oui dire qu’on ait décrété le même homme en deux pays à la fois pour le même fait ? C’en est ici le premier exemple, & probablement ce sera le dernier. J’aurai, dans mes malheurs, le triste honneur d’être à tous égards un exemple unique.

Les crimes les plus atroces, les assassinats même ne sont pas & ne doivent pas être poursuivis par devant d’autres Tribunaux que ceux des lieux où ils ont été commis. Si un Genevois tuoit un homme, même un autre Genevois, en pays étranger, le Conseil de Geneve ne pourroit s’attribuer la connoissance de ce crime : il pourroit livrer le coupable s’il étoit réclamé, il pourroit en solliciter le châtiment ; mais à moins qu’on ne lui remît volontairement le jugement avec les pieces de la procédure, il ne le jugeroit pas,