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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/225

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Voici, Monsieur, ce passage : il est dans le seconde Tome d’émile, page 64. "En n’asservissant les honnêtes femmes qu’à de tristes devoirs, on a banni du mariage tout ce qui pouvoit le rendre agréable aux hommes. Faut-il s’étonner si la taciturnité qu’ils voient régner chez eux les en chasse on s’ils sont peu tentés d’embrasser un état si déplaisant ? À force d’outrer tous les devoirs, le Christianisme les rend impraticables & vains : à force d’interdire aux femmes le chant, la danse, & tous les amusemens du monde, il les rend maussades, grondeuses, insupportables dans leurs maisons. "

Mais où est-ce que l’Evangile interdit aux femmes le chant & la danse ? où est-ce qu’il les asservit à de tristes devoirs ? Tout au contraire, il y est parlé des devoirs des maris, mais il n’y est pas dit un mot de ceux des femmes. Donc on a tort de me faire dire de l’Evangile ce que je n’ai dit que des Jansénistes, des Méthodistes, & d’autres dévots d’aujourd’hui, qui font du Christianisme une Religion aussi terrible & déplaisante,

[ *Les premiers Réformés donnerent d’abord dans cet excès avec une dureté qui fit bien des hypocrites, & les premiers Jansénistes ne manquerent pas de les imiter en cela. Un Prédicateur de Geneve, appelé Henri de la Marre, soutenoit en Chaire que c’étoit pécher que d’aller à la noce plus joyeusement que Jésus-Christ n’étoit allé à la mort. Un Curé Janséniste soutenoit de même que les festins des noces étoient une invention du Diable. Quelqu’un lui objecta là-dessus que Jésus-Christ y avoit pourtant assisté, & qu’il avoit même daigné y faire son premier miracle pour prolonger la gaîté du festin. Le Curé, un peu embarrassé, répondit en grondant : Ce n’est pas ce qu’il fit de mieux. ] qu’elle en agréable & douce sous la véritable Loi de Jésus-Christ.