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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/222

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Quant à moi, je vois des faits attestés dans les saintes Ecritures : cela suffit pour arrêter sur ce point mon jugement. S’ils étoient ailleurs, je rejetterois ces faits, ou je leur ôterois le nous de miracles ; mais parce qu’ils sont dans l’Ecriture, je ne les rejette point. Je ne les admets pas non plus, parce que ma raison s’y refuse, & que ma décision sur cet article n’intéresse point mon salut. Nul Chrétien judicieux ne peut croire que tout soit inspiré dans la Bible, jusqu’aux mots & aux erreurs. Ce qu’on doit croire inspiré, est tout ce qui tient à nos devoirs ; car pourquoi Dieu auroit-il inspiré le reste ? Or la doctrine des miracles n’y tient nullement ; c’est ce que je viens de prouver. Ainsi le sentiment qu’on peut avoir en cela n’a nul trait au respect qu’on doit aux Livres sacrés.

D’ailleurs, il est impossible aux hommes de s’assurer que quelque fait que ce puisse être est un miracle ;*

[ *Si ces Messieurs disent que cela est décidé dans l’Ecriture, & que je dois reconnoître pour miracle ce qu’elle me donne pour tel ; je réponds que c’est ce qui est en question, & j’ajoute que ce raisonnement de leur part est un cercle vicieux. Car puisqu’ils veulent que le miracle serve de preuve à la Révélation, ils ne doivent pas employer l’autorité de la Révélation pour constater le miracle. ] c’est encore ce que j’ai prouvé. Donc en admettant tous les faits contenus dans la Bible, on peut rejetter les miracles sans impiété, & même sans inconséquence. Je n’ai pas été jusque-là.

Voilà comment vos Messieurs tirent des miracles, qui ne sont pas certains, qui ne sont pas nécessaires, qui ne prouvent rien, & que je n’ai pas rejettés, la preuve évidente que je renverse les fondemens du Christianisme, & que je ne suis pas Chrétien.