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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/212

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sans prononcer sur leur nature, dussions-nous être cent fois décrétés. Car enfin l’autorité des Loix ne peut s’étendre jusqu’à nous forcer de mal raisonner ; & c’est pourtant ce qu’il faut faire pour trouver nécessairement un miracle ou la raison ne peut voir qu’un fait étonnant.

Quand il seroit vrai que les Catholiques ont un moyen sûr pour eux de faire cette distinction, que s’ensuivroit-il pour nous ? Dans leur systême, lorsque l’Eglise une fois reconnue a décidé qu’un tel fait est un miracle, il est un miracle ; car l’Eglise ne peut se tromper. Mais ce n’est pas aux Catholiques que j’ai affaire ici, c’est aux Réformés. Ceux-ci ont très bien réfuté quelques parties de la profession de foi du Vicaire, qui, n’étant écrite que contre l’Eglise Romaine, ne pouvoit ni ne devoit rien prouver contre eux. Les Catholiques pourront de même réfuter aisément ces Lettres, parce que je n’ai point affaire ici aux Catholiques, & que nos principes ne sont pas les leurs. Quand il s’agit de montrer que je ne prouve pas ce que je n’ai pas voulu prouver, c’est-là que mes adversaires triomphent.

De tout ce que je viens d’exposer, je conclus que les faits les plus attestés, quand même on les admettroit dans toutes leurs circonstances, ne prouveroient rien, & qu’on peut même y soupçonner de l’exagération dans les circonstances, sans inculper la bonne foi de ceux qui les ont rapportés. Les découvertes continuelles qui se font dans les Loix de la nature, celles qui probablement se feront encore, celles qui resteront toujours à faire ; les progrès passés, présents & futurs de l’industrie humaine ; les diverses bornes que donnent les Peuples