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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/203

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peut-il déroger aux Loix qu’il a établies ? Cette question, sérieusement traitée, seroit impie si elle n’étoit absurde : ce seroit faire trop d’honneur à celui qui la résoudroit négativement que de le punir ; il suffiroit de l’enfermer. Mais aussi quel homme a jamais nié que Dieu pût faire des miracles ? Il faloît être Hébreu pour demander si Dieu pouvoit dresser des tables dans le désert.

Seconde question : Dieu veut-il faire des miracles ? C’est autre chose. Cette question en elle-même, & abstraction faite de toute autre considération, est parfaitement indifférente ; elle n’intéresse en rien la gloire de Dieu, dont nous ne pouvons sonder les desseins. Je dirai plus : s’il pouvoit y avoir quelque différence quant à la foi dans la maniere d’y répondre, les plus grandes idées que nous puissions avoir de la sagesse & de la majesté divine seroient pour la négative ; il n’y a que l’orgueil humain qui soit contre. Voilà jusqu’où la raison petit aller. Cette question, du reste, est purement oiseuse, &, pour la résoudre, il faudroit lire dans les décrets éternels ; car, comme on verra tout à l’heure, elle est impossible à décider par les faits. Gardons-nous donc d’oser porter un œil curieux sur ces mysteres. Rendons ce respect à l’essence infinie, de ne rien prononcer d’elle : nous n’en connoissons que l’immensité.

Cependant quand un mortel vient hardiment nous affirmer qu’il a vu un miracle, il tranche net cette grande question ; jugez si l’on doit l’en croire sur sa parole. Ils seroient mille, que je ne les en croirois pas.

Je laisse à part le grossier sophisme d’employer la preuve