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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/19

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pour le Souverain dont il porte le privilege. Un Protestant propose en pays protestant des objections contre l’Eglise Romaine, & il est décrété par le Parlement de Paris. Un Républicain fait dans une République des objections contre l’Etat monarchique, & il est décrété par le Parlement de Paris. Il faut que le Parlement de Paris ait d’étranges idées de son empire, & qu’il se croie le légitime juge du genre humain.

Ce même Parlement, toujours si soigneux pour les François de l’ordre des procédures, les néglige toutes dès qu’il s’agit d’un pauvre Etranger. Sans savoir si cet Etranger est bien l’Auteur du Livre qui porte son nom, s’il le reconnoît pour sien, si c’est lui qui l’a fait imprimer ; sans égard pour son triste état, sans pitié pour les maux qu’il souffre, on commence par le décréter de prise de corps ; on l’eût arraché de son lit pour le traîner dans les mêmes prisons où pourrissent les scélérats ; on l’eût brûlé, peut-être même sans l’entendre, car qui sait si l’on eût poursuivi plus réguliérement des procédures si violemment commencées & dont on trouveroit à peine un autre exemple, même en pays d’Inquisition ? Ainsi c’est pour moi seul qu’un tribunal si sage oublie sa sagesse ; c’est contre moi seul, qui croyois y être aimé, que ce peuple, qui vante sa douceur, s’arme de la plus étrange barbarie ; c’est ainsi qu’il justifie la préférence que je lui ai donnée sur tant d’asyles que je pouvois choisir au même prix ! Je ne sais comment cela s’accorde avec le droit des gens, mais je sais bien qu’avec de pareilles procédures la liberté de tout homme, & peut-être sa vie, est à la merci du premier Imprimeur.