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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/183

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& qui rejette les Envoyés de Dieu, rejette la Révélation. Or Jean-Jacques Rousseau rejette les miracles. "

Accordons d’abord & le principe & le fait comme s’ils étoient vrais : nous y reviendrons dans la suite. Cela supposé, le raisonnement précédent n’a qu’un défaut, c’est qu’il fait directement contre ceux qui s’en servent. Il est très-bon pour les Catholiques, mais très-mauvais pour les Protestans. Il faut prouver à mon tour.

Vous trouverez que je me répete souvent, mais qu’importe ? Lorsqu’une même proposition m’est nécessaire à des argumens tout différens, dois-je éviter de la reprendre ? Cette affectation seroit puérile. Ce n’est pas de variété qu’il s’agit, c’est de vérité de raisonnemens justes & concluants. Passez le reste & ne songez qu’à cela.

Quand les premiers Réformateurs commencerent à se faire entendre, l’Eglise universelle étoit en paix ; tous les sentimens étoient unanimes ; il n’y avoit pas un dogme essentiel débattu parmi les Chrétiens.

Dans cet état tranquille, tout-à-coup deux ou trois hommes élevent leur voix, & crient dans toute l’Europe : Chrétiens, prenez garde à vous, on vous trompe, on vous égare, on vous mene dans le chemin de l’enfer : le Pape est l’Antechrist, le suppôt de Satan, son Eglise est l’école du mensonge. Vous êtes perdus si vous ne nous écoutez.

À ces premieres clameurs, l’Europe étonnée resta quelques momens en silence, attendant ce qu’il en arriveroit. Enfin le Clergé, revenu de sa premiere surprise, & voyant que ces non veaux venus se faisoient des Sectateurs, comme s’en fait toujours