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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/138

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le Gouvernement de la République en particulier, je ne laisse échapper aucune occasion d’en faire l’éloge. "

À ces objections il fut répliqué de la part du Conseil : "Que ce n’est point manquer à la règle qui veut que nul ne soit condamné sans l’entendre, que de condamner un Livre après en avoir pris lecture, & l’avoir examiné suffisamment ; que l’article 88 des Ordonnances n’est applicable qu’à un homme qui dogmatise, & non à un Livre destructif de la Religion Chrétienne ; qu’il n’est pas vrai que la flétrissure d’un Ouvrage se communique à l’Auteur, lequel peut n’avoir n’avoir r été qu’imprudent ou mal-adroit ; qu’à l’égard des Ouvrages scandaleux, tolérés ou même imprimés dans Geneve, il n’est pas raisonnable de prétendre que, pour avoir dissimulé quelquefois, un Gouvernement soit obligé de dissimuler toujours ; que d’ailleurs les Livres où l’on ne fait que tourner en ridicule la Religion, ne sont pas à beaucoup près, aussi punissables que ceux où, sans détour, on l’attaque par le raisonnement ; qu’enfin ce que le Conseil doit au maintien de la Religion Chrétienne dans sa pureté, au bien public, aux Loix, & à l’honneur du Gouvernement, lui ayant fait porter cette sentence, ne lui permet ni de la changer ni de l’affoiblir. "

Ce ne sont pas-là toutes les raisons, objections & réponses qui ont été alléguées de part & d’autre ; mais ce sont les principales, & elles suffisent pour établir, par rapport à moi, la question de fait & de droit.

Cependant comme l’objet, ainsi présenté, demeure encore un peu vague, je vais tâcher de le fixer avec plus de précision,