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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/116

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que vous lui prêtez. Il est donc impossible de déduire du passage que vous rapportez, que je n’admets pas la Religion naturelle, ou que je n’en reconnois pas la nécessité ; il est encore impossible d’en déduire qu’on doive toujours, ce sont vos termes, regarder comme un homme sage & religieux celui qui, adoptant les erreurs de l’Athéisme, dira qu’il est de bonne-foi ; & il est même impossible que vous ayez cru cette déduction légitime. Si cela n’est pas démontré, rien ne sauroit jamais l’être, ou il faut que je sois un insensé.

Pour montrer qu’on ne peut s’autoriser d’une mission divine pour débiter des absurdités, le vicaire met aux prises un inspiré, qu’il vous plaît d’appeller chrétien, & un raisonneur, qu’il vous plaît d’appeller incrédule, & il les fait disputer chacun dans leur langage, qu’il désapprouve, & qui très-sûrement n’est ni le sien ni le mien.*

[*Emile, Tome II. p.82. in-4̊, T. III. p. 124 in-8.̊ & in-12̊.] Là-dessus vous me taxez d’une insigne mauvaise-foi*

[*Mandement, XIX] ,et vous prouvez cela par l’ineptie des Discours du premier. Mais si ces Discours sont ineptes, à quoi donc le reconnoissez-vous pour chrétien ? & si le raisonneur ne réfute que des inepties, quel droit avez-vous de le taxer d’incrédulité ? S’ensuit-il des inepties que débite un inspiré, que ce soit un catholique, & de celles que réfute un raisonneur, que ce soit un mécréant ? Vous auriez bien pu, monseigneur, vous dispenser de vous reconnoître à un langage si plein de bile & de déraison ; car vous n’aviez pas encore donné votre mandement.