Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/92

Cette page n’a pas encore été corrigée


employons à nous écrire les momens que nous ne pouvons passer à nous voir, & profitons d’un tems précieux, après lequel peut-être nous soupirerons un jour. Ah ! puisse notre sort, tel qu’il est, durer autant que notre vie ! L’esprit s’orne, la raison s’éclaire, l’ame se fortifie, le cœur jouit : que manque-t-il à notre bonheur ?

LETTRE X. À JULIE.

Que vous avez raison, ma Julie, de dire que je ne vous connois pas encore ! Toujours je crois connoître tous les trésors de votre belle ame, & toujours j’en découvre de nouveaux. Quelle femme jamais associa comme vous la tendresse à la vertu, & tempérant l’une par l’autre, les rendit toutes deux plus charmantes ? Je trouve je ne sais quoi d’aimable & d’attrayant dans cette sagesse qui me désole ; &vous ornez avec tant de grâce les privations que vous m’imposez, qu’ils en faut peu que vous ne me les rendiez chéres.

Je le sens chaque jour davantage, le plus grand des biens est d’être aimé de vous ; il n’y en a point, il n’y en peut avoir qui l’égale, & s’il faloit choisir entre votre cœur & votre possession même, non, charmante Julie, je ne balancerois pas un instant. Mais d’où viendroit cette amere alternative, & pourquoi rendre incompatible ce que la nature a voulu réunir ? Le tems est précieux, dites-vous ; sachons