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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/86

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me jurez un amour éternel d’un air aussi gai que si vous disiez la chose du monde la plus plaisante.

Dites, dites, volage, est-ce là le caractere d’une passion violente réduite à se combattre elle-même ? & si vous aviez le moindre désir à vaincre, la contrainte n’étoufferoit-elle pas au moins l’enjouement ? Oh ! que vous étiez bien plus aimable quand vous étiez moins belle ! que je regrette cette pâleur touchante, précieux gage du bonheur d’un amant !, & que je hais l’indiscrete santé que vous avez recouvrée aux dépens de mon repos ! Oui, j’aimerois mieux vous voir malade encore que cet air content, ces yeux brillants, ce teint fleuri, qui m’outragent. Avez-vous oublié sitôt que vous n’étiez pas ainsi quand vous imploriez ma clémence ? Julie, Julie, que cet amour si vif est devenu tranquille en peu de temps !

Mais ce qui m’offense plus encore, c’est qu’apres vous être remise à ma discrétion, vous paroissez vous en défier, & que vous fuyez les dangers comme s’il vous en restoit à craindre. Est-ce ainsi que vous honorez ma retenue, & mon inviolable respect méritoit-il cet affront de votre part ? Bien loin que le départ de votre pere nous ait laissé plus de liberté, à peine peut-on vous voir seule. Votre inséparable cousine ne vous quitte plus. Insensiblement nous allons reprendre nos premieres manieres de vivre & notre ancienne circonspection, avec cette unique différence qu’alors elle vous étoit à charge, & qu’elle vous plaît maintenant.

Quel sera donc le prix d’un si pur hommage, si votre estime ne l’est pas ; & de quoi me sert l’abstinence éternelle &