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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/81

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leçons que je prends sans toi, & j’ai peur de devenir trop savante. Notre maître n’est pas seulement un homme de mérite ; il est vertueux, & n’en est que plus à craindre. Je suis trop contente de lui pour l’être de moi. À son âge & au nôtre, avec l’homme le plus vertueux, quand il est aimable, il vaut mieux être deux filles qu’une.

LETTRE VII. REPONSE.

Je t’entends, & tu me fais trembler ; non que je croie le danger aussi pressant que tu l’imagines. Ta crainte modere la mienne sur le présent, mais l’avenir m’épouvante ; & si tu ne peux te vaincre, je ne vois plus que des malheurs. Hélas ! combien de fois la pauvre Chaillot m’a-t-elle prédit que le premier soupir de ton cœur feroit le destin de ta vie ! Ah ! cousine ! si jeune encore, faut-il voir déjà ton sort s’accomplir ! Qu’elle va nous manquer, cette femme habile que tu nous crois avantageux de perdre ! Il l’eût été, peut-être, de tomber d’abord en de plus sûres mains ; mais nous sommes trop instruites en sortant des siennes pour nous laisser gouverner par d’autres, & pas assez pour nous gouverner nous-mêmes : elle seule pouvoit nous garantir des dangers auxquels elle nous avoit exposées. Elle nous a beaucoup appris ; & nous avons, ce me semble, beaucoup pensé pour notre âge. La vive & tendre amitié qui nous unit presque des le berceau,