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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/67

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E poi ch’amor di me vi fece accorta,
Fur i biondi capelli allor velati,
E l’amoroso sguardo in se raccolto. [1]


vous retranchez en public l’innocente familiarité dont j’eus la folie de me plaindre ; mais vous n’en êtes que plus sévere dans le particulier, & votre ingénieuse rigueur s’exerce également par votre complaisance & par vos refus.

Que ne pouvez-vous connoître combien cette froideur m’est cruelle ! vous me trouveriez trop puni. Avec quelle ardeur ne voudrois-je pas revenir sur le passé, & faire que vous n’eussiez point vu cette fatale lettre ! Non, dans la crainte de vous offenser encore, je n’écrirois point celle-ci, si je n’eusse écrit la premiere, & je ne veux pas redoubler ma faute, mais la réparer. Faut-il pour vous appaiser dire que je m’abusois moi-même ? Faut-il protester que ce n’étoit pas de l’amour que j’avois pour vous ?… Moi je prononcerois cet odieux parjure ! Le vil mensonge est-il digne d’un cœur où vous régnez ? Ah ! que je sois malheureux, s’il faut l’être ; pour avoir été téméraire, je ne serai ni menteur ni lâche, & le crime que mon cœur a commis, ma plume ne peut le désavouer.

Je sens d’avance le poids de votre indignation, & j’en attends les derniers effets, comme un grâce que vous me devez au défaut de toute autre ; car le feu qui me consume mérite d’être puni, mais non méprisé. Par pitié ne m’abandonnez pas à moi-même ; daignez au moins disposer de mon

  1. (a) Et l’amour vous ayant rendue attentive, vous voilates vos blonds cheveux & recueillites en vous même vos doux regards. Metast.