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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/582

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LETTRE XXII. REPONSE.

Jeune homme, un aveugle transport t’égare ; sois plus discret, ne conseille point en demandant conseil. J’ai connu d’autres maux que les tiens. J’ai l’ame ferme ; je suis Angloix, je sais mourir, car je sais vivre, souffrir en homme. J’ai vu la mort de près, & la regarde avec trop d’indifférence pour l’aller chercher. Parlons de toi.

Il est vrai, tu m’étois nécessaire : mon ame avoit besoin de la tienne ; tes soins pouvoient m’être utiles ; ta raison pouvoit m’éclairer dans la plus importante affaire de ma vie ; si je ne m’en sers point, à qui t’en prends-tu ? Où est-elle ? Qu’est-elle devenue ? Que peux-tu faire ? À quoi es-tu bon dans l’état où te voilà ? quels services puis-je espérer de toi ? Une douleur insensée te rend stupide, & impitoyable. Tu n’es pas un homme, tu n’es rien, & si je ne regardois à ce que tu peux être, tel que tu es, je ne vois rien dans le monde au-dessous de toi.

Je n’en veux pour preuve que ta lettre même. Autrefois je trouvois en toi du sens, de la vérité. Tes sentimens étoient droits, tu pensois juste, & je ne t’aimois pas seulement par goût, mais par choix, comme un moyen de plus pour moi de cultiver la sagesse. Qu’ai-je trouvé maintenant dans les raisonnemens de cette lettre dont tu parois si content ? Un misérable, & perpétuel sophisme, qui, dans l’égarement