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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/578

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Bomston, j’en appelle à votre sagesse, & à votre candeur, quelles maximes plus certaines la raison peut-elle déduire de la religion sur la mort volontaire ? Si les chrétiens en ont établi d’opposées, ils ne les ont tirées ni des principes de leur religion, ni de sa regle unique, qui est l’Ecriture, mais seulement des philosophes paiens. Lactance, & Augustin, qui les premiers avancerent cette nouvelle doctrine, dont Jésus-Crist ni les apôtres n’avoient pas dit un mot, ne s’appuyerent que sur le raisonnement du Phédon, que j’ai déjà combattu ; de sorte que les fideles ; qui croient suivre en cela l’autorité de l’Evangile, ne suivent que celle de Platon. En effet, où verra-t-on dans la Bible entiere une loi contre le suicide, ou même une simple improbation ?, & n’est-il pas bien étrange que dans les exemples de gens qui se sont donné la mort, on n’y trouve pas un seul mot de blâme contre aucun de ces exemples ! Il y a plus ; celui de Samson est autorisé par un prodige qui le venge de ses ennemis. Ce miracle se seroit-il fait pour justifier un crime ; & cet homme qui perdit sa force pour s’être laissé séduire par une femme l’eût-il recouvrée pour commettre un forfait authentique, comme si Dieu lui-même eût voulu tromper les hommes ?

Tu ne tueras point, dit le Décalogue. Que s’ensuit-il de là ? Si ce commandement doit être pris à la lettre, il ne faut tuer ni les malfaiteurs, ni les ennemis ; & Moise, qui fit tant mourir de gens, entendoit fort mal son propre précepte. S’il y a quelques exceptions, la premiere est certainement en faveur de la mort volontaire, parce qu’elle est exempte de violence, & d’injustice, les deux seules considérations qui puissent