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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/572

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Quant au Phédon, qui leur a fourni le seul argument précieux qu’ils aient jamais employé, cette question n’y est traitée que tres légerement, & comme en passant. Socrate, condamné par un jugement inique à perdre la vie dans quelques heures, n’avoit pas besoin d’examiner bien attentivement s’il lui étoit permis d’en disposer. En supposant qu’il ait tenu réellement les discours que Platon lui fait tenir, croyez-moi, milord, il les eût médités avec plus de soin dans l’occasion de les mettre en pratique ; & la preuve qu’on ne peut tirer de cet immortel ouvrage aucune bonne objection contre le droit de disposer de sa propre vie, c’est que Caton le lut par deux fois tout entier la nuit même qu’il quitta la terre.

Ces mêmes sophistes demandent si jamais la vie peut être un mal. En considérant cette foule d’erreurs, de tourments, & de vices dont elle est remplie, on seroit bien plus tenté de demander si jamais elle fut un bien. Le crime assiege sans cesse l’homme le plus vertueux ; chaque instant qu’il vit, il est prêt à devenir la proie du méchant ou méchant lui-même. Combattre, & souffrir, voilà son sort dans ce monde ; mal faire, & souffrir, voilà celui du malhonnête homme. Dans tout le reste ils different entre eux, ils n’ont rien en commun que les miseres de la vie. S’il vous faloit des autorités, & des faits, je vous citerois des oracles, des réponses de sages, des actes de vertu récompensés par la mort. Laissons tout cela, milord ; c’est à vous que je parle, & je vous demande quelle est ici-bas la principale occupation du sage, si ce n’est de se concentrer, pour ainsi dire,