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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/569

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un infortuné ; des prétextes, & des sophismes ne l’y retiendront point. Eclairez ma raison, parlez à mon cœur, je suis prêt à vous entendre ; mais souvenez-vous que ce n’est point le désespoir qu’on abuse.

Vous voulez qu’on raisonne : eh bien ! raisonnons. Vous voulez qu’on proportionne la délibération à l’importance de la question qu’on agite ; j’y consens. Cherchons la vérité paisiblement, tranquillement ; discutons la proposition générale comme s’ils’agissoit d’un autre. Robeck fit l’apologie de la mort volontaire avant de se la donner. Je ne veux pas faire un livre à son exemple, & Je ne suis pas fort content du sien ; mais j’espere imiter son sang-froid dans cette discussion.

J’ai long-tems médité sur ce grave sujet. Vous devez le savoir, car vous connoissez mon sort, & je vis encore. Plus j’y réfléchis, plus je trouve que la question se réduit à cette proposition fondamentale : chercher son bien, & fuir son mal en ce qui n’offense point autrui, c’est le droit de la nature. Quand notre vie est un mal pour nous, & n’est un bien pour personne, il est donc permis de s’en délivrer. S’il y a dans le monde une maxime évidente, & certaine, je pense que c’est celle-là ; & si l’on venoit à bout de la renverser, il n’y a point d’action humaine dont on ne pût faire un crime.

Que disent là-dessus nos sophistes ? Premierement ils regardent la vie comme une chose qui n’est pas à nous, parce qu’elle nous a été donnée ; mais c’est précisément parce qu’elle nous a été donnée qu’elle est à nous. Dieu ne leur a-t-il pas donné deux bras ? Cependant quand ils craignent