Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/524

Cette page n’a pas encore été corrigée


apres tant de peines auxquelles j’étois accoutumée, votre déshonneur étoit la seule que je ne pouvois supporter.

Je fus rassurée sur des craintes que le ton de vos lettrescommençoit à confirmer ; & je le fus par un moyen qui eût pu mettre le comble aux alarmes d’une autre. Je parle du désordre où vous vous laissâtes entraîner, & dont le prompt, & libre aveu fut de toutes les preuves de votre franchise celle qui m’a le plus touchée. Je vous connoissois trop pour ignorer ce qu’un pareil aveu devoit vous coûter, quand même j’aurois cessé de vous être chére ; je vis que l’amour, vainqueur de la honte, avoit pu seul vous l’arracher. Je jugeai qu’un cœur si sincere étoit incapable d’une infidélité cachée ; je trouvai moins de tort dans votre faute que de mérite à la confesser, & me rappelant vos anciens engagements, je me guéris pour jamais de la jalousie.

Mon ami, je n’en fus pas plus heureuse ; pour un tourment de moins sans cesse il en renaissoit mille autres, & je ne connus jamais mieux combien il est insensé de chercher dans l’égarement de son cœur un repos qu’on ne trouve que dans la sagesse. Depuis long-tems je pleurois en secret la meilleure des meres, qu’une langueur mortelle consumait insensiblement. Babi, à qui le fatal effet de ma chute m’avoit forcée à me confier, me trahit, & lui découvrit nos amours, & mes fautes. À peine eus-je retiré vos lettres de chez ma cousine qu’elles furent surprises. Le témoignage étoit convaincant ; la tristesse acheva d’ôter à ma mere le peu de forces que son mal lui avoit laissées. Je faillis expirer de regret à ses pieds. Loin de m’exposer à la mort que je méritois, elle voila ma