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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/512

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abusé sont oubliés depuis longtemps. Je vais m’occuper uniquement des soins que je dois à Milord Edouard ; il veut m’entraîner en Angleterre ; il prétend que je puis l’y servir. Eh bien ! je l’y suivrai. Mais je me déroberai tous les ans ; je me rendrai secretement près de toi. Si je ne puis te parler, au moins je t’aurai vue ; j’aurai du moins baisé tes pas ; un regard de tes yeux m’aura donné dix mois de vie. Forcé de repartir, en m’éloignant de celle que j’aime, je compterai pour me consoler les pas qui doivent m’en rapprocher. Ces fréquens voyages donneront le change à ton malheureux amant ; il croira déjà jouir de ta vue en partant pour t’aller voir ; le souvenir de ses transports l’enchantera durant son retour ; malgré le sort cruel, ses tristes ans ne seront pas tout à fait perdus ; il n’y en aura point qui ne soient marqués par des plaisirs, & les courts momens qu’il passera près de toi se multiplieront sur sa vie entiere.