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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/506

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Je te rends l’empire que l’amour t’a donné ; il ne te sera plus ôté. C’est en vain qu’une voix mensongere murmure au fond de mon ame, elle ne m’abusera plus. Que sont les vains devoirs qu’elle m’oppose contre ceux d’aimer à jamais ce que le Ciel m’a fait aimer ? Le plus sacré de tous, n’est-il pas envers toi ? N’est-ce pas à toi seul que j’ai tout promis ? Le premier vœu de mon cœur ne fut-il pas de ne t’oublier jamais, & ton inviolable fidélité n’est-elle pas un nouveau lien pour la mienne ? Ah ! dans le transport d’amour qui me rend à toi, mon seul regret est d’avoir combattu des sentimens si chers, & si légitimes. Nature, ô douce nature ! reprends tous tes droits ; j’abjure les barbares vertus qui t’anéantissent. Les penchans que tu m’as donnés seront-ils plus trompeurs qu’une raison qui m’égara tant de fois ?

Respecte ces tendres penchants, mon aimable ami ; tu leur dois trop pour les air ; mais souffres-en le cher, & doux partage ; souffre que les droits du sang, & de l’amitié ne soient pas éteins par ceux de l’amour. Ne pense point que pour te suivre j’abandonne jamais la maison paternelle. N’espere point que je me refuse aux liens que m’impose une autorité sacrée. La cruelle perte de l’un des auteurs de mes jours m’a trop appris à craindre d’affliger l’autre. Non, celle dont il attend désormois toute sa consolation ne contristera pas son ame accablée d’ennuis ; je n’aurai point donné la mort à tout ce qui me donna la vie. Non, non ; je connois mon crime, & ne puis le air. Devoir, honneur, vertu, tout cela ne me dit plus rien ; mais pourtant je ne suis point un monstre ; je suis foible, & non dénaturée. Mon parti est pris,