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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/505

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mais ton visage a été épargné. Ce que tu prends pour des cicatrices ne sont que des rougeurs qui seront bientôt effacées. Je fus plus maltraitée que cela, & cependant tu vois que je ne suis pas trop mal encore. Mon ange, tu resteras jolie en dépit de toi, & l’indifférent Wolmar, que trois ans d’absence n’ont pu guérir d’un amour conçu dans huit jours, s’en guérira-t-il en te voyant à toute heure ? Ô si ta seule ressource est de déplaire, que ton sort est désespéré !

LETTRE XV. DE JULIE.

C’en est trop, c’en est trop. Ami, tu as vaincu. Je ne suis point à l’épreuve de tant d’amour ; ma résistance est épuisée. J’ai fait usage de toutes mes forces ; ma conscience m’en rend le consolant témoignage. Que le Ciel ne me demande point compte de plus qu’il ne m’a donné ! Ce triste cœur que tu achetas tant de fois, & qui coûta si cher au tien, t’appartient sans réserve ; il fut à toi du premier moment où mes yeux te virent, il te restera jusqu’à mon dernier soupir. Tu l’as trop bien mérité pour le perdre, & je suis lasse de servir aux dépens de la justice une chimérique vertu.

Oui, tendre, & généreux amant, ta Julie sera toujours tienne, elle t’aimera toujours ; il le faut, je le veux, je le dois.