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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/489

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S’il faut attribuer sa perte au chagrin, ce chagrin vient de plus loin, et c’est à son époux seul qu’il faut s’en prendre. long-tems inconstant, & volage, il prodigua les feux de sa jeunesse à mille objets moins dignes de plaire que sa vertueuse compagne ; & quand l’âge le lui eut ramené, il conserva près d’elle cette rudesse inflexible dont les maris infideles ont accoutumé d’aggraver leurs torts. Ma pauvre cousine s’en est ressentie ; un vain entêtement de noblesse, & cette roideur de caractere que rien n’amollit ont fait vos malheurs, & les siens. Sa mere, qui eut toujours du penchant pour vous, & qui pénétra son amour quand il étoit trop tard pour l’éteindre, porta long-tems en secret la douleur de ne pouvoir vaincre le goût de sa fille ni l’obstination de son époux, & d’être la premiere cause d’un mal qu’elle ne pouvoit plus guérir. Quand vos lettres surprises lui eurent appris jusqu’où vous aviez abusé de sa confiance, elle craignit de tout perdre en voulant tout sauver, & d’exposer les jours de sa fille pour rétablir son honneur. Elle sonda plusieurs fois son mari sans succes ; elle voulut plusieurs fois hasarder une confidence entiere, & lui montrer toute l’étendue de son devoir : la frayeur, & sa timidité la retinrent toujours. Elle hésita tant qu’elle put parler ; lorsqu’elle le voulut il n’étoit plus temps ; les forces lui manquerent ; elle mourut avec le fatal secret : & moi qui connois l’humeur de cet homme sévere sans savoir jusqu’où les sentimens de la nature auroient pu la tempérer, je respire en voyant au moins les jours de Julie en sûreté.

Elle n’ignore rien de tout cela ; mais vous dirai-je ce que je pense de ses remords apparents ? L’amour est plus