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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/482

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suffit ; elle n’entendra plus parler de moi. Jugez si mon sort est affreux. Mon plus grand désespoir n’est pas de renoncer à elle. Ah ! c’est dans son cœur que sont mes douleurs les plus vives, & je suis plus malheureux de son infortune que de la mienne. Vous qu’elle aime plus que toute chose, & qui seule, apres moi, la savez dignement aimer, Claire, aimable Claire, vous êtes l’unique bien qui lui reste. Il est assez précieux pour lui rendre supportable la perte de tous les autres. Dédommagez-la des consolations qui lui sont ôtées, & de celles qu’elle refuse ; qu’une sainte amitié supplée à la fois auprès d’elle à la tendresse d’une mere, à celle d’un amant, aux charmes de tous les sentimens qui devoient la rendre heureuse. Qu’elle le soit, s’il est possible, à quelque prix que ce puisse être. Qu’elle recouvre la paix, & le repos dont je l’ai privée ; je sentirai moins les tourmens qu’elle m’a laissés. Puisque je ne suis plus rien à mes propres yeux, puisque c’est mon sort de passer ma vie à mourir pour elle, qu’elle me regarde comme n’étant plus ; j’y consens si cette idée la rend plus tranquille. Puisse-t-elle retrouver près de vous ses premieres vertus, son premier bonheur ! Puisse-t-elle être encore par vos soins tout ce qu’elle eût été sans moi !

Hélas ! elle étoit fille, & n’a plus de mere ! Voilà la perte qui ne se répare point, & dont on ne se console jamais quand on a pu se la reprocher. Sa conscience agitée lui redemande cette mere tendre, & chérie, & dans une douleur si cruelle l’horrible remords se joint à son affliction. Ô Julie ! ce sentiment affreux devoit-il être connu de toi ? Vous qui futes témoin de la maladie, & des derniers momens de cette mere