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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/469

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vous est due : mais le sacrifice que vous avez fait à l’honneur de Julie en quittant ce pays est garant de celui que vous allez faire à son repos en rompant un commerce inutile. Les premiers actes de vertu sont toujours les plus pénibles, & vous ne perdrez point le prix d’un effort qui vous a tant coûté, en vous obstinant à soutenir une vaine correspondance dont les risques sont terribles pour votre amante, les dédommagemens nuls pour tous les deux, & qui ne fait que prolonger sans fruit les tourmens de l’un & de l’autre. N’en doutez plus, cette Julie qui vous fut si chére ne doit rien être à celui qu’elle a tant aimé ; vous vous dissimulez en vain vos malheurs ; vous la perdites au moment que vous vous séparâtes d’elle. Ou plutôt le Ciel vous l’avoit ôtée même avant qu’elle se donnât à vous ; car son pere la promit dès son retour, & vous savez trop que la parole de cet homme inflexible est irrévocable. De quelque maniere que vous vous comportiez, l’invincible sort s’oppose à vos vœux, & vous ne la posséderez jamais. L’unique choix qui vous reste à faire est de la précipiter dans un abyme de malheurs, & d’opprobres, ou d’honorer en elle ce que vous avez adoré, & de lui rendre, au lieu du bonheur perdu, la sagesse, la paix, la sûreté du moins, dont vos fatales liaisons la privent.

Que vous seriez attristé, que vous vous consumeriez en regrets, si vous pouviez contempler l’état actuel de cette malheureuse amie, & l’avilissement où la réduit le remords, & la honte ! Que son lustre est terni ! que ses grâces sont languissantes ! que tous ses sentimens si charmans & si doux