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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/454

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de réformer autrui que quand vous n’aurez plus rien à faire en vous-même.

Une seconde faute, plus grave encore & beaucoup moins pardonnable, est d’avoir pu passer volontairement la soirée dans un lieu si peu digne de vous & de n’avoir pas fui des le premier instant où vous avez connu dans quelle maison vous étiez. Vos excuses là-dessus sont pitoyables. Il étoit trop tard pour s’en dédire ! comme s’il y avoit quelque espece de bienséance en de pareils lieux, ou que la bienséance dût jamais l’emporter sur la vertu qu’il fût jamais trop tard pour s’empêcher de mal faire ! Quant à la sécurité que vous tirez de votre répugnance, je n’en dirai rien, l’événement vous a montré combien elle étoit fondée. Parlez plus franchement à celle qui sait lire dans votre cœur ; c’est la honte qui vous retint. Vous craignîtes qu’on ne se moquât de vous en sortant ; un moment de huée vous fit peur & vous aimâtes mieux vous exposer aux remords qu’à la raillerie. Savez-vous bien quelle maxime vous suivîtes en cette occasion ? Celle qui la premiere introduit le vice dans une ame bien née, étouffe la voix de la conscience par la clameur publique & réprime l’audace de bien faire par la crainte du bl ame. Tel vaincroit les tentations, qui succombe aux mauvais exemples, tel rougit d’être modeste & devient effronté par honte ; & cette mauvaise honte corrompt plus de cœurs honnêtes que les mauvaises inclinations. Voilà surtout de quoi vous avez à préserver le vôtre ; car, quoi que vous fassiez, la crainte du ridicule que vous méprisez vous domine pourtant malgré vous. Vous braveriez plutôt cent périls qu’une