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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/405

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apperçu ces objets que de fort loin, l’inspection en est si libre qu’il reste peu de chose à deviner. Ces dames paroissent mal entendre en cela leurs intérêts ; car, pour peu que le visage soit agréable, l’imagination du spectateur les serviroit au surplus beaucoup mieux que ses yeux ; & suivant le philosophe gascon, la faim entiere est bien plus âpre que celle qu’on a déjà rassasiée, au moins par un sens.

Leurs traits sont peu réguliers ; mais, si elles ne sont pas belles, elles ont de la physionomie, qui supplée à la beauté & l’éclipse quelquefois. Leurs yeux vifs & brillans ne sont pourtant ni pénétrans ni doux. Quoiqu’elles prétendent les animer à force de rouge, l’expression qu’elles leur donnent par ce moyen tient plus du feu de la colere que de celui de l’amour : naturellement ils n’ont que de la gaieté ; ou s’ils semblent quelquefois demander un sentiment tendre, ils ne le promettent jamais [1].

Elles se mettent si bien, ou du moins elles en ont tellement la réputation, qu’elles servent en cela, comme en tout, de modele au reste de l’Europe. En effet, on ne peut employer avec plus de goût un habillement plus bizarre. Elles sont de toutes les femmes les moins asservies à leurs propres modes. La mode domine les provinciales ; mais les Parisiennes dominent la mode & la savent plier chacune à son avantage. Les premieres sont comme des copistes ignorants & serviles qui copient jusqu’aux fautes d’orthographe ; les autres sont des auteurs

  1. Parlons pour nous, mon cher philosophe : pourquoi d’autres ne seroient-ils pas plus heureux ? Il n’y a qu’une coquette qui promette à tout le monde, ce qu’elle ne doit tenir qu’à un seul.