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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/38

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De proche en proche la même pente entraîne tous les états. Les Contes, les Romans, les pieces de Théâtre, tout tire sur les Provinciaux ; tout tourne en dérision la simplicité des mœurs rustiques ; tout prêche les manieres & les plaisirs du grand monde : c’est une honte de ne les pas connoître ; c’est un malheur de ne les pas goûter. Qui fait de combien de siloux & de filles publiques l’attroit de ces plaisirs imaginaires peuple Paris de jour en jour ? Ainsi, les préjugés & l’opinion renforçant l’effet des systêmes politiques, amoncelent, entassent les habitans de chaque pays sur quelques point du territoire, laissant tout le reste en friche & désert : ainsi, pour faire briller les Capitales, se dépeuplent les Nations ; & ce frivole éclat qui frappe les yeux des sots, fait courir l’Europe à grands pas vers sa ruine. Il importe au bonheur des hommes, qu’on tâche d’arrêter ce torrent, de maximes empoisonnées. C’est le métier des Prédicateurs de nous crier : Soyez bons & sages, sans beaucoup s’inquiéter du succes de leurs discours ; le citoyen qui s’en inquiete ne doit point nous crier sottement : Soyez bons : mais nous faire aimer l’état qui nous porte à l’être.