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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/35

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qui les lisent liés aux vices de la société, par des chaînes qu’ils ne peuvent rompre. L’homme du monde qui veut remuer un instant son ame pour la remettre dans l’ordre moral, trouvant de toutes parts une résistance invincible, est toujours. force de garder ou reprendre sa premiere situation. Je suis persuadé qu’il y a peu de gens bien nés qui n’ayent fait cet essai, du moins une fois en leur vie ; mais bientôt découragé d’un vain effort on ne le répete plus, & l’on s’accoutume à regarder la morale des Livres somme un babil de gens oisifs. Plus on s’éloigne des affaires, des grandes Villes, des nombreuses sociétés, plus les obstacles diminuent. Il est un terme où ces obstacles cessent d’être invincibles, & c’est alors que les Livres peuvent avoir quelque utilité. Quand on vit isolé, comme on ne se hâte pas de lire pour faire parade de ses lecteurs, on les varie moins, on les médite davantage ; & comme elles ne trouvent pas un si grand contre-poids au-dehors, elles sont beaucoup plus d’effet au-dedans. L’ennui, ce fléau de la solitude aussi-bien que du grand monde, force de recourir aux Livres amusans, seule ressource