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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/308

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puissiez-vous y prolonger vos jours dans une honorable vieillesse, & les terminer enfin paisiblement dans les bras de vos enfants ! puissent nos neveux, en parcourant avec un charme secret ce monument de la félicité conjugale, dire un jour dans l’attendrissement de leur cœur : Ce fut ici l’asile de l’innocence, ce fut ici la demeure des deux amants !

Votre sort est en vos mains, Julie ; pesez attentivement la proposition que je vous fais, & n’en examinez que le fond ; car d’ailleurs je me charge d’assurer d’avance & irrévocablement votre ami de l’engagement que je prends ; je me charge aussi de la sûreté de votre départ, & de veiller avec lui à celle de votre personne jusqu’à votre arrivée : là vous pourrez aussitôt vous marier publiquement sans obstacle ; car parmi nous une fille nubile n’a nul besoin du consentemen d’autrui pour disposer d’elle-même. Nos sages loix n’abrogent point celles de la nature, & s’il résulte de cet heureux accord quelques inconvénients, ils sont beaucoup moindres que ceux qu’il prévient. J’ai laissé à Vevai mon valet de chambre, homme de confiance, brave, prudent & d’une fidélité à toute épreuve. Vous pourrez aisément vous concerter avec lui de bouche ou par écrit à l’aide de Regianino, sans que ce dernier sache de quoi il s’agit. Quand il sera tems, nous partirons pour vous aller joindre, & vous ne quitterez la maison paternelle que sous la conduite de votre époux.

Je vous laisse à vos réflexions ; mais, je le répete, craignez l’erreur des préjugés & la séduction des scrupules, qui menent souvent au vice par chemin de l’honneur. Je