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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/285

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violences d’un pere emporté & de son propre désespoir. Le danger augmente incessamment : de la main de son pere ou de la sienne, le poignard à chaque instant de sa vie, est à deux doigts de son cœur. Il reste un seul moyen de prévenir tous ces maux, & ce moyen dépend de vous seul. Le sort de votre amante est entre vos moins.Voyez si vous avez le courage de la sauver en vous éloignant d’elle, puisqu’aussi bien il ne lui est plus permis de vous voir, ou si vous aimez mieux être l’auteur & le témoin de sa perte & de son opprobre. Après avoir tout fait pour vous, elle va voir ce que votre cœur peut faire pour elle. Est-il étonnant que sa santé succombe à ses peines ? Vous êtes inquiet de sa vie : sachez que vous en êtes l’arbitre.

Il m’écoutoit sans m’interrompre : mais sitôt qu’il a compris de quoi il s’agissoit, j’ai vu disparoître ce geste animé, ce regard furieux, cet air effrayé, mais vif & bouillant, qu’il avoit auparavant. Un voile sombre de tristesse & de consternation a couvert son visage ; son œil morne & sa contenance effacée annonçoient l’abattement de son cœur : à peine avoit-il la force d’ouvrir la bouche pour me répondre. Il faut partir, m’a-t-il dit, d’un ton qu’une autre auroit cru tranquille. Hé bien ! je partirai. N’ai-je pas assez vécu ? Non, sans doute, ai-je repris aussi-tôt ; il faut vivre pour celle qui vous aime : avez-vous oublié que ses jours dépendent des vôtres ? Il ne faloit donc pas les séparer, a-t-il à l’instant ajouté ; elle l’a pu & le peut encore. J’ai feint de ne pas entendre ces derniers mots, & je cherchois à le ranimer par quelques espérances auxquelles son ame demeurait fermée, quand Hanz