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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/268

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parti, & il est à craindre que sa fureur ne lui en inspire la volonté.

Je t’en conjure à genoux, ma douce amie, songe aux dangers qui t’environnent, & dont le risque augmente à chaque instant. Un bonheur inoui t’a préservée jusqu’à présent au milieu de tout cela ; tandis qu’il en est tems encore, mets le sceau de la prudence au mystere de tes amours, & ne pousse pas à bout la fortune, de peur qu’elle n’enveloppe dans tes malheurs celui qui les aura causés. Crois-moi, mon ange, l’avenir est incertain ; mille événemens peuvent, avec le tems, offrir des ressources inespérées ; mais quant à présent, je te l’ai dit & le répete plus fortement ; éloigne ton ami, ou tu es perdue.

LETTRE LXIII. DE JULIE À CLAIRE.

Tout ce que tu avois prévu, ma chere, est arrivé. Hier une heure après notre retour, mon pere entra dans la chambre de ma mere, les yeux étincelants, le visage enflammé, dans un état en un mot où je ne l’avois jamais vu. Je compris d’abord qu’il venoit d’avoir querelle ou qu’il alloit la chercher, & ma conscience agitée me fit trembler d’avance.

Il commença par apostropher vivement, mais en général, les meres de famille qui appellent indiscretement chez elles des jeunes gens sans état & sans nom, dont le commerce