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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/267

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si souvent ici, & qu’il ne conviendroit pas même qu’il y vînt du tout, si ce n’étoit faire une espece d’affront à M. d’Orbe dont il étoit l’ami ; mais que je le prierois de l’amener plus rarement ainsi que Milord Edouard. C’est, ma chére, tout ce que j’ai pu faire de mieux pour ne leur pas fermer tout-à-fait ma porte.

Ce n’est pas tout. La crise où je te vois me force à revenir sur mes avis précédens. L’affaire de Milord Edouard & de ton ami a fait par la ville tout l’éclat auquel on devoit s’attendre. Quoique M. d’Orbe ait gardé le secret sur le fond de la querelle, trop d’indices le décelent pour qu’il puisse rester caché. On soupçonne, on conjecture, on te nomme ; le rapport du Guet n’est pas si bien étouffé qu’on ne s’en souvienne, & tu n’ignores pas qu’aux yeux du public la vérité soupçonnée est bien près de l’évidence. Tout ce que je puis te dire pour ta consolation c’est qu’en général on approuve ton choix, & qu’on verroit avec plaisir l’union d’un si charmant couple ; ce qui me confirme que ton ami s’est bien comporté dans ce pays & n’y est guere moins aimé que toi. Mais que fait la voix publique à ton inflexible pere ? Tous ces bruits lui sont parvenus ou lui vont parvenir, & je frémis de l’effet qu’ils peuvent produire, si tu ne te hâtes de prévenir sa colere. Tu dois t’attendre de sa part à une explication terrible pour toi-même, & peut-être à pis encore pour ton ami : non que je pense qu’il veuille à son âge se mesurer avec un jeune homme qu’il ne croit pas digne de son épée ; mais le pouvoir qu’il a dans la ville lui fourniroit, s’il le vouloit, mille moyens de lui faire un mauvais