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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/255

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reconnu M. d’Orbe. Surpris de cette visite imprévue, j’attendois en silence ce qu’elle devoit produire, quand Edouard m’a prié de lui donner un moment d’audience, & de le laisser agir & parler sans l’interrompre. Je vous en demande, a-t-il dit, votre parole ; la présence de ces Messieurs, qui sont de vos amis, doit vous répondre que vous ne l’engagez pas indiscretement. Je l’ai promis sans balancer ; à peine avois-je achevé que j’ai vu avec l’étonnement que tu peux concevoir, Milord Edouard à genoux devant moi. Surpris d’une si étrange attitude, j’ai voulu sur le champ le relever ; mais après m’avoir rappellé ma promesse, il m’a parlé dans ces termes. "Je viens, Monsieur, rétracter hautement les discours injurieux que l’ivresse m’a fait tenir en votre présence : leur injustice les rend plus offensans pour moi que pour vous & je m’en dois l’authentique désaveu. Je me soumets à toute la punition que vous voudrez m’imposer, & je ne croirai mon honneur rétabli que quand ma faute sera réparée. À quelque prix que ce soit, accordez-moi le pardon que je vous demande, & me rendez votre amitié." Milord, lui ai-je dit aussitôt, je reconnois maintenant votre ame grande & généreuse ; & je sais bien distinguer en vous les discours que le cœur dicte de ceux que vous tenez quand vous n’êtes pas à vous-même ; qu’ils soient à jamais oubliés. À l’instant, je l’ai soutenu en se relevant, & nous nous sommes embrassés. Après cela Milord se tournant vers les spectateurs, leur a dit ;Messieurs, je vous remercie de votre complaisance. De braves gens comme vous, a-t-il ajouté d’un air fier & d’un ton animé,sentent, que celui qui répare ainsi ses torts, n’en