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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/236

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punch. Ton ami n’en but qu’un seul verre mêlé d’eau ; les deux autres ne furent pas si sobres, & quoique M. d’Orbe ne convienne pas de s’être enivré, je me réserve à lui en dire mon avis dans un autre tems. La conversation tomba naturellement sur ton compte ; car tu n’ignores pas que Milord n’aime à parler que de toi. Ton ami, à qui ces confidences déplaisent, les reçut avec si peu d’aménité, qu’enfin Edouard échauffé de punch & piqué de cette sécheresse, osa dire en se plaignant de ta froideur, qu’elle n’étoit pas si générale qu’on pourroit croire, & que tel qui n’en disoit mot n’étoit pas si mal traité que lui. À l’instant ton ami dont tu connois la vivacité releva ce discours avec un emportement insultant qui lui attira un démenti, & ils sauterent à leurs épées. Bomston à demi ivre se donna en courant une entorse qui le força de s’asseoir. Sa jambe enfla sur le champ, & cela calma la querelle mieux que tous les soins que M. d’Orbe s’étoit donnés. Mais comme il étoit attentif à ce qui se passoit, il vit ton ami s’approcher, en sortant, de l’oreille de Milord Edouard, & il entendit qu’il lui disoit à demi-voix ; sitôt que vous serez en état de sortir, faites-moi donner de vos nouvelles, ou j’aurai soin de m’en informer. N’en prenez pas la peine, lui dit Edouard avec un sourire moqueur, vous en saurez assez-tôt. Nous verrons, reprit froidement ton ami, & il sortit. M. d’Orbe en te remettant cette lettre t’expliquera le tout plus en détail. C’est à ta prudence à te suggérer des moyens d’étouffer cette fâcheuse affaire, ou à me prescrire de mon côté ce que je dois faire pour y contribuer. En