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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/225

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coupe à demi pleine d’un nectar pur & bienfaisant. Je veux qu’elle soit bue en ma présence, & à mon intention, après avoir fait de quelques gouttes une libation expiatoire aux Grâces. Ensuite mon pénitent reprendra dans ses repas l’usage sobre du vin tempéré par le crystal des fontaines, & comme dit ton bon Plutarque, en calmant les ardeurs de Bacchus par le commerce des Nymphes.

À propos du concert de mardi, cet étourdi de Regianino ne s’est-il pas mis dans la tête que j’y pourrois déjà chanter un air italien & même un duo avec lui ? Il vouloit que je le chantasse avec toi pour mettre ensemble ses deux écoliers ; mais il y a dans ce duo de certains ben mio dangereux à dire sous les yeux d’une mere quand le cœur est de la partie ; il vaut mieux renvoyer cet essai au premier concert qui se fera chez l’inséparable. J’attribue la facilité avec laquelle j’ai pris le goût de cette musique à celui que mon frere m’avoit donné pour la poésie italienne, & que j’ai si bien entretenu avec toi que je sens aisément la cadence des vers, & qu’au dire de Regianino, j’en prends assez bien l’accent. Je commence chaque leçon par lire quelques octaves du Tasse, ou quelques scenes du Métastase ; ensuite il me fait dire & accompagner du récitatif, & je crois continuer de parler ou de lire, ce qui surement ne m’arrivoit pas dans le récitatif françois. Après cela il faut soutenir en mesure des sons égaux & justes ; exercice que les éclats auxquels j’étois accoutumée me rendent assez difficile. Enfin nous passons aux airs, & il se trouve que la justesse & la flexibilité de la voix, l’expression pathétique, les sons renforcés