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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/206

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Je connois mieux ton ame ; j’ai des garans qui ne me permettent pas même d’imaginer ton changement possible. Après tes assurances, je ne te dis plus rien des autres prétendans. Mais celui-ci, Julie !… des conditions sortables… les préjugés de ton pere…Tu sais bien qu’il s’agit de ma vie ; daigne donc me dire un mot là-dessus. Un mot de Julie, & je suis tranquille à jamais.

J’ai passé la nuit à entendre ou exécuter de la musique italienne, car il s’est trouvé des duo & il a fallu hasarder d’y faire ma partie. Je n’ose te parler encore de l’effet qu’elle a produit sur moi ; j’ai peur, j’ai peur que l’impression du souper d’hier ne se soit prolongée sur ce que j’entendois, & que je n’aye pris l’effet de tes séductions pour le charme de la musique. Pourquoi la même cause qui me la rendoit ennuyeuse à Sion, ne pourroit-elle pas ici me la rendre agréable dans une situation contraire ? N’es-tu pas la premiere source de toutes les affections de mon ame, & suis-je à l’épreuve des prestiges de ta magie ? Si la musique eût réellement produit cet enchantement, il eût agi sur tous ceux qui l’entendoient. Mais tandis que ces chants me tenoient en extase, M. d’Orbe dormoit tranquillement dans un fauteuil, & au milieu de mes transports, il s’est contenté pour tout éloge de demander si ta cousines avoit l’Italien.

Tout ceci sera mieux éclair ci demain ; car nous avons pour ce soir un nouveau rendez-vous de musique. Milord veut la rendre complette & il a mandé de Lausanne un second violon qu’il dit être assez entendu. Je porterai de