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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/181

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tu ne sais que trop bien. L’un représentant le maître de la maison en fera naturellement les honneurs ; l’autre avec moins d’éclat pourra faire à sa Julie ceux d’un humble chalet, & ce chalet consacré par l’amour sera pour eux le Temple de Gnide. Pour exécuter heureusement & surement ce charmant projet, il n’est question que de quelques arrangemens qui se concerteront facilement entre nous, & qui feront partie eux-mêmes des plaisirs qu’ils doivent produire. Adieu, mon ami, je te quitte brusquement, de peur de surprise. Aussi bien, je sens que le cœur de ta Julie vole un peu trop tôt habiter le chalet.

P. S. Tout bien considéré, je pense que nous pourrons sans indiscrétion nous voir presque tous les jours ; savoir chez ma cousine de deux jours l’un, & l’autre à la promenade.

LETTRE XXXVIII. DE JULIE.

Ils sont partis ce matin, ce tendre pere & cette mere incomparable, en accablant des plus tendres caresses une fille chérie, & trop indigne de leurs bontés. Pour moi, je les embrassois avec un léger serrement de cœur, tandis qu’au dedans de lui-même, ce cœur ingrat & dénaturé pétilloit d’une odieuse joie. Hélas ! qu’est devenu ce tems