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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/177

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Que penses-tu de mon expédient ? C’est le seul, j’en suis sûre, qui pouvoit déraciner en moi tout sentiment de jalousie. Il y a je ne sais quelle délicatesse qui m’enchante à me fier de ton amour à ta bonne foi, & à m’ôter le pouvoir de croire une infidélité que tu ne m’apprendrois pas toi-même. Voilà, mon cher, l’effet assuré de l’engagement que je t’impose ; car je pourrois te croire amant volage, mais non pas ami trompeur, & quand je douterois de ton cœur, je ne puis jamais douter de ta foi. Quel plaisir je goûte à prendre en ceci des précautions inutiles, à prévenir les apparences d’un changement dont je sens si bien l’impossibilité ! Quel charme de parler de jalousie avec un amant si fidele ! Ah ! si tu pouvois cesser de l’être, ne crois pas que je t’en parlasse ainsi. Mon pauvre cœur ne seroit pas si sage au besoin, & la moindre défiance m’ôteroit bientôt la volonté de m’en garantir.

Voilà, mon tres-honoré maître, matiere à discussion pour ce soir ; car je sais que vos deux humbles disciples auront l’honneur de souper avec vous chez le pere de l’inséparable. Vos doctes commentaires sur la gazette vous ont tellement fait trouver grâce devant lui, qu’il n’a pas falu beaucoup de manége pour vous faire inviter. La fille a fait accorder son clavecin ; le pere a feuilleté Lamberti ; moi, je recorderai peut-être la leçon du bosquet de Clarens. Ô Docteur en toutes facultés, vous avez par-tout quelque science de mise ! Monsieur d’Orbe, qui n’est pas oublié, comme vous pouvez penser, a le mot pour entamer une savante dissertation sur le futur hommage du Roi de Naples, durant laquelle nous passerons