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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/164

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l’avoue, mon ame aliénée est toute en toi. J’en suis plus propre à sentir tes peines & plus digne de les partager. Ô Julie ! ne te dérobe pas à toi-même.

LETTRE XXXII. REPONSE.

Il fut un tems, mon aimable ami, où nos lettres étoient faciles & charmantes ; le sentiment qui les dictoit couloit avec une élégante simplicité ; il n’avoit besoin ni d’art ni de coloris, & sa pureté faisoit toute sa parure. Cet heureux tems n’est plus : hélas ! il ne peut revenir ; & pour premier effet d’un changement si cruel, nos cœur sont déjà cessé de s’entendre.

Tes yeux ont vu mes douleurs. Tu crois en avoir pénétré la source ; tu veux me consoler par de vains discours ; & quand tu penses m’abuser, c’est toi, mon ami, qui t’abuses. Crois-moi, crois-en le cœur tendre de ta Julie ; mon regret est bien moins d’avoir donné trop à l’amour que de l’avoir privé de son plus grand charme. Ce doux enchantement de vertu cessait évanoui comme un songe : nos feux ont perdu cette ardeur divine qui les animoit en les épurant ; nous avons recherché le plaisir, & le bonheur a fui loin de nous. Ressouviens-toi de ces momens délicieux où nos cœurs s’unissoient d’autant mieux que nous nous respections davantage, où la passion tiroit de son propre exces la force de se