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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/148

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monde. C’est de-là qu’à travers les airs & les murs, il ose en secret pénétrer jusque dans ta chambre. Tes traits charmans le frappent encore ; tes regards tendres raniment son cœur mourant ; il entend le son de ta douce voix ; il ose chercher encore en tes bras ce délire qu’il éprouva dans le bosquet. Vain fantôme d’une ame agitée qui s’égare dans ses désirs ! Bientôt forcé de rentrer en moi-même, je te contemple au moins dans le détail de ton innocente vie : je suis de loin les diverses occupations de ta journée, & je me les représente dans les tems & les lieux où j’en fus quelquefois l’heureux témoin. Toujours je te vois vaquer à des soins qui te rendent plus estimable, & mon cœur s’attendrit avec délices sur l’inépuisable bonté du tien. Maintenant, me dis-je au matin, elle sort d’un paisible sommeil, son teint a la fraîcheur de la rose, son ame jouit d’une douce paix ; elle offre à celui dont elle tient l’être un jour qui ne sera point perdu pour la vertu. Elle passe à présent chez sa mere : les tendres affections de son cœur s’épanchent avec les auteurs de ses jours, elle les soulage dans le détail des soins de la maison ; elle fait peut-être la paix d’un domestique imprudent, elle lui fait peut-être une exhortation secrete ; elle demande peut-être une grâce pour un autre. Dans un autre tems, elle s’occupe sans ennui des travaux de son sexe, elle orne son ame de connoissances utiles, elle ajoute à son goût exquis les agrémens des beaux-arts, & ceux de la danse à sa légereté naturelle. Tantôt je vois une élégante & simple parure orner des charmes qui n’en ont pas besoin ; ici je