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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/137

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vous appelle alors où je suis. Voilà ce qui m’est arrivé durant toute cette course où la diversité des objets me rappelant sans cesse en moi-même, je vous conduisois par-tout avec moi. Je ne faisois pas un pas que nous ne le fissions ensemble. Je n’admirois pas une vue sans me hâter de vous la montrer. Tous les arbres que je rencontrois vous prêtoient leur ombre, tous les gazons vous servoient de siege. Tantôt, assis à vos côtés, je vous aidois à parcourir des yeux les objets ; tantôt, à vos genoux, j’en contemplois un plus digne des regards d’un homme sensible. Rencontrois-je un pas difficile ; je vous le voyois franchir avec la légereté d’un faon qui bondit après sa mere. Faloit-il traverser un torrent ; j’osois presser dans mes bras une si douce charge ; je passois le torrent lentement, avec délices, & voyois à regret le chemin que j’allois atteindre. Tout me rappeloit à vous dans ce séjour paisible ; & les touchans attraits de la nature, & l’inaltérable pureté de l’air, & les mœurs simples des habitans, & leur sagesse égale & sûre, & l’aimable pudeur du sexe, & ses innocens grâces, & tout ce qui frappoit agréablement mes yeux & mon cœur leur peignoit celle qu’ils cherchent.

Ô ma Julie ! disois-je avec attendrissement, que ne puis-je couler mes jours avec toi dans ces lieux ignorés, heureux de notre bonheur & non du regard des hommes ! Que ne puis-je ici rassembler toute mon ame en toi seule, & devenir à mon tour l’univers pour toi ! Charmes adorés, vous jouiriez alors des hommages qui vous sont dûs ! Délices de l’amour, c’est alors que nos cœurs vous savoureroient sans cesse ! Une longue & douce ivresse nous laisseroit ignorer le cours des