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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/120

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la fortune & ma négligence, vous voyez que je m’informe adroitement de tout ce qui peut assurer notre correspondance, & prévenir vos perplexités. Je vous laisse à décider de quel côté sont les plus tendres soins.

Ne parlons plus de peines, mon bon ami ; Ah ! respectez & partagez plutôt le plaisir que j’éprouve, après huit mois d’absence, de revoir le meilleur des peres ! Il arriva jeudi au soir ; & je n’ai songé qu’à lui [1] depuis c’est heureux moment. Ô toi ! que j’aime le mieux au monde, après les auteurs de mes jours, pourquoi tes lettres, tes querelles viennent-elles contrister mon ame, & troubler les premiers plaisirs d’une famille réunie ? Tu voudrois que mon cœur s’occupât de toi sans cesse ; mais dis-moi, le tien pourroit-il aimer une fille dénaturée à qui les feux de l’amour feroient oublier les droits du sang, & que les plaintes d’un amant rendroient insensibles aux caresses d’un pere ? Non, mon digne ami, n’empoisonne point par d’injustes reproches l’innocente joie que m’inspire un si doux sentiment. Toi dont l’ame est si tendre & si sensible, ne conçois-tu point quel charme c’est de sentir dans ces purs & sacrés embrassemens le sein d’un pere palpiter d’aise contre celui de sa fille ? Ah ! crois-tu qu’alors le cœur puisse un moment se partager, & rien dérober à la nature ?

Sol che son figlia io mi rammento adesso.

Ne pensez pas pourtant que je vous oublie. Oublia-t-on jamais ce qu’on aune fois aimé ? Non, les impressions plus vives, qu’on suit quelques instans, n’effacent pas pour cela

  1. L’article qui précéde prouve qu’elle ment.